Graines de moutardes, pourquoi ça pique
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Fleurs de la Moutarde blanche Sinapis alba ;

Fleurs de la Moutarde blanche Sinapis alba ;

Fruit de la Moutarde des champs Sinapis arvensis ;

Moutarde noire, Brassica nigra
L'ORIGINE DE LA MOUTARDE
La graine de moutarde était connue dès l'antiquité, elle
était cultivée par les Chinois il y a plus de 3000 ans !
Elle a marqué les plus anciennes cultures méditerranéennes.
Les Egyptiens, les Grecs et les Romains l'utilisaient déjà
pour rehausser les plats de viandes et de poissons. Ils broyaient la graine
et la mélangeaient aux aliments.
Ce sont vraisemblablement les romains qui importèrent vers la Gaule,
l'usage de la moutarde de table.
Puis, plus tard le bon roi Charlemagne recommanda de cultiver cette épice
dans tous ses états généraux ainsi que les jardins bordant
les monastères en banlieue de Paris.
La culture de la moutarde gagne progressivement l'Allemagne puis l'Angleterre.
En Europe du nord, une croyance voulait que l'on répande quelques graines
de moutarde autour de sa maison pour y chasser les mauvais esprits ...
Elle apparaît en Espagne avec l'arrivée des légions romaines,
puis en Inde véhiculée par Vasco de Gama.
L'origine du mot " moutarde ", viendrait
de deux mots latins ( mustum ardens ) qui signifiaient " le moût
ardent " car de tout temps on a préparé la moutarde avec
du moût ( jus de raisin non fermenté). Ce mot aurait donné
ensuite le mot " mustard " en anglais.
D'autres se référent à l'époque du Duc Philippe
le Téméraire, duc de Bourgogne, qui en 1382 accorda à la
ville de Dijon divers privilèges et notamment celui de porter ses armes
avec sa devise : " Moult me tarde "... mais cette origine paraît
peu probable. Cette explication démontre au moins une chose, c'est que
Dijon était déjà fort célèbre pour sa moutarde
au XIV e siècle.
En 1390, sa fabrication fût réglementée et quiconque s'amusait
à élaborer une mauvaise moutarde était aussitôt sujet
à de lourdes amendes.
Dans les grandes villes, des marchands ambulants, appelés " crieurs
", faisaient du porte à porte pour vendre cette moutarde sous l'appellation
" saulces et épices d'enfer ".
Les apothicaires de l'époque faisaient paraît-il fortune, en préparant
un savant mélange composé de graines de moutarde, de gingembre
et de menthe que les maris proposaient à leur épouse afin de réveiller
leur libido.
Puis deux siècles plus tard, on vit naître la corporation des vinaigriers
et moutardiers de la ville de Dijon. Leur imagination a permis les différentes
appellations que l'on connaît aujourd'hui.
L'âge d'or des épices fut la renaissance, , la moutarde fait alors
partie de tous les banquets, Rabelais en fait d'ailleurs grand cas !
Au fil des siècles, elle devient de plus en plus synonyme de raffinement
et de plaisir,
c'est ainsi qu'apparaissent les moutardes fines et aromatiques.
Au début du XIXe, les fabricants se livrent à une course sans
limite pour rivaliser d'imagination en élaborant plein de nouvelles recettes,
grandement encouragés par de grands gastronomes tels que Grimod de la
Reynière, Carème, Brillat-Savarin ou bien Monselet.
Puis les techniques de fabrication évoluent avec la révolution
industrielle. La technique artisanale progressivement disparaît pour faire
place à la mécanisation : une machine broie, tamise et écrase
la graine.
Puis de l'atelier de fabrication, on passe très vite au stade de l'usine.
Au XX e siècle, les réglementations deviennent de plus en plus
strictes, à l'image du décret de 1937 qui défini les conditions
de fabrication et de dénomination des moutardes. Une réglementation
complétée et actualisée en Juillet 2000 précisera
les appellations.
La moutarde de Dijon ...
est faite avec la moutarde noire (brassica nigra). Sa graine est minuscule
: environ 500 000 graines par kilo. Cette graine sous la dent ne pique pas.
Elle a du goût, sans plus. Cette épice, utilisée pendant
des siècles dans cet état brut (comme de la coriandre, du persil,
du poivre, du sel), devient piquante lorsqu'elle passe par un processus chimique.
Des graines écrasées plongées dans un liquide quelconque
(verjus, vinaigre, vin blanc) fermentent avec le temps. La graine de moutarde
renferme de la sinigrine qui, hydrolisée au contact du liquide par une
enzyme (myrosynase) fait apparaître l'allylsénévol, huile
essentielle qui donne le piquant de la moutarde. C'est la fermentation synapique.
Dans les pièces des usines où cette fermentation est mise en œuvre,
il est impossible d'y rester plus de quelques secondes car l'allylsénévol
pique les yeux et fait pleurer. Cette agressivité de l'allylsénévol
ne s'estompe qu'après une courte période de mûrissement
(une douzaine de jours).
Le liquide utilisé à l'origine pour effectuer cette fermentation
est le vinaigre. C'est Jean Naigeon, un Dijonnais, qui vers 1752, substitue
le verjus au vinaigre. Cette recette fait la renommée de la moutarde
de Dijon.
La moutarde, plante apparentée au colza, a l'avantage
d'être plus résistante à la sécheresse, à
la chaleur et au gel. Il s'agit d'une culture annuelle de saison fraîche
qui peut être cultivée dans un cycle court et qui est souvent en
rotation avec de petits grains.
Techniques actuelles de fabrication de la moutarde.
A l'usine, on effectue les opérations suivantes :
1 - réception, contrôle et nettoyage des graines.
2 - aplatissement : l'écorce des graines est fendue pour que l'amande
puisse bien s'imprégner de verjus (ou de vinaigre).
3 - trempage et malaxage dans le verjus (ou vinaigre), pendant quelques heures.
4 - broyage : deux meules rotatives assurent un broyage grossier, puis plus
fin.
5 - tamisage (blutage) : une centrifugeuse permet la séparation de la
pâte et du son (ou enveloppe protectrice de la graine également
appelée tégument).
6 - stockage : de 48 à 72 heures pour la maturation, jusqu'à dissipation
de l'amertume (aussitôt après sa fabrication, la moutarde garde
en effet un goût amer).
7 - malaxage : il désaère et homogénise la pâte.
Le désaérateur élimine les molécules d'air qui oxydent
la moutarde. Cette opération est réalisée sous vide.
8 - conditionnement : en pots, verres et dosettes. Avant cette étape,
la moutarde repose dans des foudres.
Résumé de la fabrication en trois étapes principales :
1 - broyage de la graine
2 - malaxage avec le verjus
3 - tamisage.
Les variétés de moutarde :

Moutarde : plante herbacée (qui a les
caractères des herbes : qui fleurissent une fois par an et qui ne forment
pas de bois ou de liège autour des tiges). Cette plante dépasse
rarement un mètre de hauteur. Le botaniste distingue une quarantaine
d'espèce de sénevé dont une douzaine pousse naturellement
en Europe.
Sénevé = graine de moutarde.
La moutarde des champs ou moutarde sauvage - SINAPIS ARVENSIS
Linné est l'espèce la plus répandue. Sauvage et prolifique.
La moutarde blanche ou plante à beurre - SINAPIS ALBA
L. qui peut servir de fourrage pour les vaches laitières. Très
appréciée dans les campagnes.
La moutarde brune ou moutarde de Chine - BRASSICA JUNCEA Czem
et Cosson. Introduite définitivement en culture vers le début
du 20ème siècle. Espèce hybride, vigoureuse et d'excellente
saveur, elle constitue l'ingrédient principal de la moutarde de Dijon.
La moutarde noire - BRASSICA NIGRA Koch. Noire parce que ses
graines passent du rouge au noir après la phase de maturité. Longtemps
utilisée pour la préparation de la pâte de moutarde et pour
la confection des sinapismes.
Conservation de la moutarde :
Elle doit être à l'abri de la lumière et de l'air, pour
éviter l'oxydation qui altère son goût et lui donne une
couleur brunâtre peu appétissante.
Mais pourquoi ça pique ?
La graine de moutarde est d’apparence inoffensive. Préparée
en sauce, elle peut pourtant devenir un redoutable condiment ce qui devrait
rappeler le raifort. Pour comprendre cette singulière métaphorphose
de l’ange en démon, il faut traiter d’un peu de chimie.
Deux substances contenues à l’état naturel dans la graine
en sont responsables : la sinigrine et la myrosine. Sous l’action du broyage
et en présence d’eau, ces deux substances se mélangent et
produisent une molécule aromatique, l’isothyocyanate d’allyle,
qui provoque la sensation de piquant lorsqu’elle est en contact avec les
cellules sensitives de la bouche. C’est donc une réaction chimique
qui est à l’origine du “piquant” de la moutarde.
Cette molécule est tout de même très volatile et la moutarde
a tendance à perdre de sa force avec le temps. C’est pourquoi la
moutarde doit être conservée au frais. A défaut, une moutarde
même forte s’adoucira peu à peu.
LES VERTUS DE LA MOUTARDE
Les vertus et les bienfaits de la moutarde ne sont déjà plus
à démontrer...
Tous les maux grâce à cette plante, semblent pouvoir être
apaisés.
De tout temps on a utilisé ses vertus antiseptiques
et digestives.
A l'époque romaine, on soignait les morsures de serpents ou de scorpions
en appliquant sur la blessure un cataplasme fait de mélange de graines
de moutarde pilées dans du vinaigre. Par ses propriétés
digestives, la moutarde aurait permis aux amateurs de repas pantagruéliques
de dévorer d'énormes quantités de viande.
Bref, de tout temps et encore aujourd'hui, les vertus de la moutarde sont une
réalité, en voici quelques exemples :
Apéritive, consommée modérément
en début de repas, elle stimule l'appétit !
Digestive, elle facilite la digestion en favorisant la sécrétion
de sucs gastriques.
Vomitive, si vous ingurgitez un verre d'eau tiède dans
lequel vous aurez préalablement mélangé une cuillère
de farine de moutarde, le résultat est garanti !
En gargarisme contre les maux de gorges.
En cataplasme, contre la bronchite, l'asthme ou la pneumonie.
En cataplasme comme solution antiseptique et désinfectante.
Stimulante pour les pieds fatigués !
Ajouter une poignée de graines de moutarde broyées dans une petite
bassine d'eau chaude puis laisser tremper vos pieds une dizaine de minutes.
En huile, elle aurait un effet antibactérien et antifongique
puissant.
Réaliser un cataplasme : Mélanger 25gr de farine
de moutarde et 25 gr de son, ajouter quelques gouttes d'eau afin d'obtenir une
pâte. Puis étaler cette pâte sur la région à
soigner sans oublier de l'enduire avant d'onguent ou de corps gras.
Réaliser un gargarisme : Faire infuser quelques graines
de moutarde dans une demi tasse d'eau bouillante pendant 10 minutes puis filtrer
cette infusion.
Les mots rigolos du mot
• La moutarde lui monte au nez signifie être gagné par l’impatience,
la colère.
• Le mot moutard, utilisé pour parler des enfants, provient lui
d’un mot du vieux provençal qui désignait les jeunes chèvres.
Rien à voir avec la moutarde.
• Une salade sans moutarde est comme une jolie femme sans esprit.
• La moutarde est à l’estomac ce que la cravache est au cheval
de course : il faut que le gastronome en use comme le cavalier, avec mesure
et discernement.
• La moutarde est comme les affaires, on en brasse beaucoup mais on en
fait peu de bonnes.
Vous pouvez ajouter de la moutarde avec tout vos plats
: la moutarde est trés faible en calories !