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Produits BIO ?
bio=diététique ?
Non, pas nécessairement. Il n'y a pas de contrainte
a priori sur le contenu nutritionnel d'un produit bio. Notons qu'on ne peut
pas, de toute façon, parler de produit diététique, mais
de régime diététique pour une personne et une activité
donnée.
bio=végétarien ?
Non, les produits bio couvrent tout le spectre alimentaire.
Certaines viandes portent le label AB et la définition de celui relatif
au poisson d'élevage est en cours.
bio=plus cher ?
Pour le consommateur, certainement. La demande est à
l'heure actuelle supérieure à l'offre. Par ailleurs l'agriculture
comme l'élevage biologique est grosse consommatrice de main d’œuvre,
de temps, de surface, d'où des rendements plus faibles et des coûts
plus élevées.
Pour la société, la réponse est moins
évidente. L'agriculture conventionnelle est fortement subventionnée,
ce qui n'est pas le cas de l'agriculture biologique. Et les coûts environnementaux
considérables de l'agriculture intensive mériteraient d'être
pris en compte.
bio=meilleur goût ?
Pas nécessairement, rappelons que le label AB ne correspond
qu'à une obligation de moyens.
bio=plus sain ?
Pour celui qui en consomme, idem question précédente.
On peut ajouter tout de même que si la stabilité dans le temps
des produits bio est en moyenne plus faible que celles des produits conventionnels,
du fait de l'absence de conservateurs, le respect de l'obligation des moyens
porte ses fruits de manière franche en ce qui concerne les teneurs en
pesticides.
Pour l'environnement en général : oui, indéniablement.
bio=sans pesticides ?
Le label bio autorise certains pesticides d'origine naturelle.
Concernant les pesticides de synthèse, ils peuvent être introduits
involontairement par l'irrigation, le sol, l'air.
Le BIO est-il vraiment meilleur pour la santé ?
La Recherche - septembre 2003
Une évaluation des aliments "bio" a été menée
par l'Agence française de sécurité sanitaire : sont-ils
meilleurs que ceux issus de l'agriculture conventionnelle, d'un point de vue
sanitaire et nutritionnel ? Pas si sûr. Dix-huit mois de travail, près
de 300 publications passées en revue pour une conclusion tout en nuances,
et néanmoins très claire ...
Qu'a donc l'agriculture biologique à nous proposer de plus que des prix
sensiblement plus élevés pour ses tomates, courgettes, raisins,
céréales, petits pots pour bébé, jus de pomme, yaourt
et autres poulets ? Dûment labellisés "AB" en vert sur
fond blanc, ces aliments ont-ils bon goût ? Leur production respecte-t-elle
l'environnement ? Et surtout sont-ils meilleurs pour la santé que les
produits issus de l'agriculture conventionnelle ? C'est là, selon un
sondage, la motivation de 73% des consommateurs français, acheteurs ou
non de produits "bio", bien supérieur à leur occupations
gustatives (66%), aux raisons éthiques, environnemental et de bien-être
animal (46%) ou encore aux questions de sécurité sanitaire (40%).
Sur ce point central, qui pose à la fois la question
du profil nutritionnel d'un aliment et celle de sa qualité sanitaire,
les avis divergent. Entre adversaires et partisans du bio, bien entendu, mais
aussi au sein de la communauté scientifique. Depuis une vingtaine d'années,
de très nombreuses études lui ont été consacrées.
Mais l'hétérogénéité des résultats
obtenus, très souvent contradictoires, et les doutes qui ont pu émerger
quand à la validité scientifique de telle ou telle recherche n'ont
pas permis, jusqu'à aujourd'hui, de ce faire une idée. Cela n'empêche
pas le public de croquer le bio à belles dents : près de 47% des
français consomment aujourd'hui ces produits au moins occasionnellement.
A la fin 2002, le seuil des 500 000 hectares cultivés en biologique a
été dépassé (à 509 000 hectares, soit 1,8%
du total des terres agricoles), et le nombre d'exploitations a atteint 11 177
fermes, soit 800 nouvelles exploitations en un an.
C'est dans ce contexte que, en octobre 2001, l'Agence française
de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) s'est auto-saisie pour
réaliser la première évaluation du bio jamais menée
dans notre pays. Il fallait combler un vide : "A ce jour, l'évaluation
des risques et bénéfices sanitaires et nutritionnels des aliments
issus de l'agriculture biologique n'a pas été faite en France
par des instances consultatives publiques et indépendantes " précise
l'Agence dans l'introduction d'un rapport de près de 200 pages concluant
18 mois de travaux qui n'ont pas été exempts de tensions. Au cours
des discussions par exemple, certains membres du groupe de travail ont attiré
l'attention à plusieurs reprises sur le risque d'inquiéter abusivement
les consommateurs quand le rapport fait état d'une vulnérabilité
sanitaire propre à certaines pratiques du bio. Rien de surprenant à
ces crispations. Elles révèlent des divergences profondes et durables
entre partisans et sceptiques de l'agriculture biologique, portant en particulier
sur la façon d'en évaluer ses effets. Même si les polémiques
tendent à s'apaiser depuis le début des années 80, une
période pendant laquelle le bio s'est en quelque sorte banalisé,
renonçant pour partie au mysticisme et à la vision politico-sociale
radicale de certains de ses pères fondateurs, comme Rudolf Steiner, créateur
du Mouvement biodynamique et de l'anthroposophie et le suisse Hans Müller
du Mouvement pour "l'agriculture organobiologique". Le discours de
la grande distribution, qui s'est emparée du bio, a joué pour
beaucoup dans cette banalisation.
L'étude de l'Afssa se fonde pour l'essentiel sur une
revue de la littérature scientifique de ces 20 dernières années.
Ont été privilégiés les articles publiés
depuis 1980, en portant une attention particulière aux études
réalisées à une échelle internationale, ainsi qu'à
celles présentant le plus de garanties scientifiques. Car c'est un problème
récurrent des études sur le bio : parmi toutes celles publiées,
beaucoup présentent des failles. Une revue réalisée en
2001 par Shane Heaton, nutritionniste indépendant travaillant pour le
compte de la Soil Association britannique (pro bio), a ainsi exclu 70 études
sur 99 effectuant une comparaison nutritionnelle entre aliments bio et non bio.
Notamment pour avoir pris en compte des sols dont l'histoire agronomique n'était
pas connu (il faut pour être classé bio patienter au moins 2 à
3 ans après la mise en production), ou pour avoir compté pour
bio des pratiques incorrectes au regard des exigences de cette agriculture (Organic
farming, food quality & human health : a review of the evidence" Soil
Association, 2001).
Plus généralement les chercheurs se heurtent
à l'insuffisance des données disponibles, qu'il s'agisse d'études
spécifiques de l'agriculture biologique ou de travaux comparatifs. Aucune
donnée, selon le rapport de l'Afssa, ne permet encore d'évaluer
l'influence d'un mode de production, bio ou conventionnel, sur la biodisponibilité
des constituants d'un aliment et ses effets sur la santé de celui qui
le consomme : seuls les aspects quantitatifs pourront être pris en compte,
se limitant à la comparaison sur les teneurs d'un nutriment ou d'une
famille de nutriments pour un ou plusieurs aliments. Et, même dans ce
cadre, les comparaisons sont délicates puisque de multiples facteurs
(qualité du sol, variation de l'ensoleillement, pluies, etc.) peuvent
influencer la composition chimique de l'aliment récolté. Par ailleurs,
aucune étude ne compare l'empreinte d'un régime global fondé
sur le bio à un autre, conventionnel, sur l'état nutritionnel
d'un consommateur. Est-on d'ailleurs en droit de tenter cette comparaison ?
" Il est avéré que les consommateurs de produits bio sont
en meilleur santé que les autres. Mais est-ce grâce à un
mode de vie reconnu comme plus sain - repas mieux équilibrés avec
moins de graisses et de viandes, davantage de pain complet, de légumes
et de fruits frais ? Doit-on mettre en avant leurs habitudes culturelles ? Ou
bien les qualités nutritionnelles des produits ?" S'interroge Bertil
Sylvander, directeur de recherche à l'INRA ?
Compte tenu de ces interrogations et de ces limites, il est
probable que l'Afssa ne mette pas fin à la querelle du bio. Bien au contraire
! Car son rapport, rédigé dans un langage prudent, dresse en quelque
sorte un constat d'échec : l'évaluation nutritionnelle du bio
serait-elle impossible ? Premièrement, l'Afssa bat en brèche les
espérances des consommateurs : elle écrit dans sa conclusion que
"les faibles écarts ou tendances pris individuellement, qui ont
pu être mis en évidence pour quelques nutriments et dans certaines
études entre la composition chimique et la valeur nutritionnelle des
produits issus de l'agriculture biologique ou de l'agriculture conventionnelle,
n'apparaissent pas significatifs en termes d'apport nutritionnel au regard des
apports conseillés. " Deuxièmement, et ceci est de nature
à faire durer la polémique, il sera difficile d'aller plus loin
dans la connaissance. " La recherche d'un impact nutritionnel sur le long
terme nécessiterait la mise en place d'études comparatives auprès
des consommateurs (forts consommateurs de produits biologiques contre consommateurs
de produits conventionnels) fondées sur des marqueurs biologiques et/ou
cliniques pertinents.
De telles études apparaissent difficiles à mettre
en oeuvre. " En revanche, concernant les aspects sanitaires du problème
(risques microbiologiques ou parasitaires, effets des traitements alternatifs
administrés aux animaux), le rapport estime qu'il y a là un gros
travail de recherche à poursuivre: " Il serait souhaitable de mettre
en place une surveillance des agents pathogènes les plus sensibles en
termes de risques sanitaires pour l'homme, et de réaliser des études
afin de mieux objectiver l'impact de l'ensemble des pratiques et des mesures
mises en oeuvre dans le cadre de l'agriculture biologique. " Entrons maintenant
dans les détails. À celui qui veut en savoir plus sur le bio,
quatre grandes séries de questions se posent : sur les aspects organoleptiques,
sur la qualité nutritionnelle, sur les éventuels risques sanitaires
et sur les effets sur l'environnement. La première de ces séries
de questions (le goût du bio) n'a pas été traitée
directement par l'Afssa (hormis dans une annexe). Mais elle a fait l'objet de
plusieurs études récentes qui soulignent toutes l'aspect subjectif
de jugements gustatifs étroitement dépendants des critères
personnels et culturels des consommateurs qui les émettent. Le fait,
par exemple, de savoir que l'on consomme un produit labellisé que l'on
a payé plus cher et que l'on compte bien trouver bon est susceptible
de jouer un rôle dans l'appréciation finale (D.BOURN & J.PRESCOTT
Citical Review in Food Science and Nutrition, 42, 1, 2002). Comme ce sera souvent
le cas en bio, il est difficile de faire la synthèse des résultats,
tant ils diffèrent selon les études et les produits considérés
: des pommes bio Golden Delicious sont jugées meilleures, alors que des
tomates bio sont estimées moins fermes et moins juteuses que leurs homologues
produites par l'agriculture conventionnelle, une autre publication n'observe
aucune différence entre ces mêmes tomates ni entre des pamplemousses,
ananas, carottes, épinards et maïs doux, mais accorde la primeur
à la mangue conventionnelle et à la banane bio, etc.
Conclusion des chercheurs en nutrition Diane Bourn et John
Prescott, de l'université d'Otago, (Nouvelle-Zélande), qui ont
effectué une revue de la littérature consacrée aux qualités
organoleptiques des produits bio : " Que pouvons-nous dire de l'étude
de ces publications ? Simplement que la preuve reste à faire, d'un point
de vue sensoriel, qu'il y ait une différence quelconque entre les produits
provenant de l'agriculture biologique et ceux produits par des méthodes
conventionnelles (D.BOURN & J.PRESCOTT Citical Review in Food Science and
Nutrition, 42, 1, 2002)." Précision importante, qui est source de
multiples malentendus entre producteurs de bio et consommateurs : le but premier
des cultivateurs de produits biologiques n'est pas la qualité organoleptique
des aliments, mais bien le respect de l'environnement la promotion d'un mode
de production respectueux des équilibres naturels et du bien-être
animal. Ce qui ne signifie pas, par ailleurs, qu'ils se désintéressent
de ces problèmes de goût !
Le profil nutritionnel des aliments issus de l'agriculture
biologique est-il sensiblement différent de ceux produits par des méthodes
conventionnelles ? Pour le savoir, le groupe de travail de l'Afssa a suivi deux
pistes. Tout d'abord, il s'est intéressé à l'influence
du mode de production sur les différents nutriments que l'on retrouve
dans chacun de nos aliments : matière sèche, glucides, protéines
et lipides, minéraux et vitamines, et ce que les nutritionnistes appellent
les "phytomicroconstituants" (polyphénols et caroténoïdes).
Pour le premier d'entre ces nutriments, la matière sèche, si l'on
considère une même espèce et une même variété,
les légumes feuilles et les légumes racines bio (salades, choux,
carottes, poireaux, etc.) contiennent généralement moins d'eau
que leurs homologues conventionnels. Il n'y a, en revanche, aucune différence
pour les légumes fruits (tomates, courgettes, poivrons, etc.) et les
fruits, dont la teneur en eau dépend davantage de la maturité.
Pour les macronutriments (glucides, protéines et lipides), le tableau
apparaît plus contrasté, la teneur v mais aussi parfois contradictoire
et pauvre en données. L'influence d'un mode de production particulier
sur la teneur en glucides des aliments n'a pu être établie. Concernant
les protéines, leur teneur dans les céréales bio est inférieure
à la teneur de celles cultivées avec des engrais azotés
minéraux. Cependant, leur équilibre en acides aminés essentiels
serait plus favorable. Quant aux lipides, une tendance est observée en
production biologique en faveur d'une proportion plus importante d'acides gras
polyinsaturés, réputés favorables à la santé.
La question de savoir si les aliments bio sont plus riches
en minéraux et oligoéléments - une opinion très
répandue parmi les consommateurs - illustre bien toute la difficulté
d'une comparaison globale entre modes de production, et les pièges dans
lesquels peuvent tomber les chercheurs. On trouve, par exemple, une série
d'études s'accordant sur l'absence de différences globales significatives
des teneurs en minéraux et oligoéléments entre végétaux
bio et conventionnels. Conclusion examinée de près par la Soil
Association britannique en 2001 : elle a effectué pour cela un travail
de sélection des études et d'exclusion d'une bonne partie d'entre
elles au motif de l'insuffisante rigueur des protocoles scientifiques mis en
oeuvre. Ainsi, un travail publié en 1974 et très cité dans
ce domaine, portant sur douze ans d'essais en parcelles sur le chou, l'épinard,
la carotte et la pomme de terre a été rejeté pour n'avoir
pas présenté ses résultats en valeurs numériques
par espèce mais en pourcentages globaux de variations et sans aucune,
interprétation statistique. Sur un total de 40 études, seules
14 ont été validées par la Soil Association. Mais, au bout
du compte, sur ce sujet, les conclusions de cette association britannique, promotrice
du bio, rejoignent celles des études d'origine : les teneurs en minéraux
et oligoéléments à intérêt nutritionnel des
légumes et des fruits sont globalement comparables, quel que soit le
mode de production. Même chose, ajoute l'Afssa, pour le lait, la viande
et les oeufs.
Pour ces autres nutriments que sont les vitamines, on dispose
de peu de données. En l'état actuel des connaissances, estime
l'Afssa, il apparaît que, dans la majorité des cas, le mode de
production biologique n'influence pas les teneurs en vitamines des matières
premières végétales. Seule la pomme de terre bio est incontestablement
plus riche en vitamine C. Si les nutritionnistes s'intéressent autant
à la teneur en fibres, minéraux et vitamines des fruits et des
légumes, c'est que leur consommation est associée à une
réduction du risque de certaines pathologies, notamment cardio-vasculaires,
et de certains cancers. Mais les végétaux renferment aussi toute
une série de métabolites secondaires, dépourvus de valeur
nutritionnelle et dont beaucoup de travaux ont montré qu'ils pourraient
également avoir un effet préventif : polyphénols et caroténoïdes.
Cependant, les études sur les teneurs en phytomicro-constituants pour
les deux modes de production sont rares.
Certaines, récentes, tendent à montrer que les
composés phénoliques s'accumulent davantage dans les produits
issus de l'agriculture biologique. Ce qui n'autorise pas encore à conclure
à un bénéfice plus important en matière de santé
pour le consommateur, prévient l'Afssa, les recherches demandent à
être poursuivies. Traditionnellement, la littérature disponible
sur l'agriculture biologique s'est focalisée sur les produits végétaux.
Pour évaluer l'intérêt nutritionnel du lait, de la viande
et des oeufs bio, le groupe de travail de l'Afssa a donc été conduit
à suivre une autre piste, et à travailler aliment par aliment
plutôt que par nutriment. Encore une fois, les comparaisons se révèlent
délicates. La composition du lait, par exemple, est différente
selon la race des vaches considérées. Les méthodes d'élevage,
l'alimentation des animaux peuvent aussi changer la donne, mais l'Afssa n'apporte
pas d'éléments décisifs à ce sujet. Au final, pour
l'Agence, rien ne permet de dégager de différences significatives
entre les deux laits. La même analyse a été appliquée
à l'oeuf, pour une conclusion semblable. Quant à la viande, l'examen
de l'influence du mode d'élevage sur sa qualité nutritionnelle
conforte ceux qui pratiquent une agriculture de qualité, qu'ils soient
étiquetés "AB" ou non. Pour le poulet, par exemple,
ce n'est pas tant le mode de production bio que de bonnes pratiques d'élevage,
qui existent aussi en conventionnel "labellisé" (Label rouge),
qui font la différence : accès du poulet à un parcours
et âge d'abattage tardif font la volaille moins grasse.